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Alice Diop : auteur du film sensationnel « Saint Omer »

Le long métrage « Saint Omer » d’Alice Diop est un chef-d’œuvre qui aborde la complexité de la maternité et également les thèmes tels que le sexisme, le racisme et le colonialisme.

✍🏿 Yvan Tounssi Ndjock
🕓 Modifié le
« Saint Omer » : un film sensationnel d'Alice Diop
Résumé de l'article

👉🏾 Le long métrage d’Alice Diop laisse entrevoir une société empreinte de racisme.

👉🏾 Elle également en avant une classe sociale engagée pour féminisme caractérisé par un tribunal majoritairement féminin.

 

Née à Aulnay-sous-Bois en 1979 et issue de parents sénégalais, Alice Diop grandit à la cité des 3000 jusqu’à l’âge de 10 ans. Elle étudie l’histoire avant d’intégrer le collège d’Évry et obtient un DESS en sociologie visuelle. Quinze ans après avoir quitté Aulnay-sous-Bois, elle revient capturer la diversité culturelle de son enfance dans son premier documentaire, « La Tour du monde 4 ». Son film « Vers la Tendresse » a remporté le prix du Meilleur Court Métrage aux César 2017. Alice Diop s’est consacrée aux victimes de violences policières lors de la cérémonie de remise des prix, citant Zyed et Bouna, Théo et Adama Traoré. Le film « Saint Omer » lui a valu une nomination à la Mostra de Venise le 23 novembre 2022.  

Un film hors du commun

« Saint Omer » : un film sensationnel d'Alice Diop
Source : Instagram @alicediop

Le long métrage « Saint Omer » est un film qui relate une histoire particulièrement tragique survenue en France. En effet, il s’agit d’une jeune femme franco-sénégalaise qui, en 2013, a noyé sa fille de 15 mois dans la mer au nord de la France. Alice Diop présente sa première œuvre de fiction. Ce long métrage, tourné avec une équipe composée majoritairement de femmes, a remporté le Lion d’argent (Grand prix du jury) et le Lion du futur au Festival international du film de Venise en septembre 2022. La France a choisi « Saint Omer » pour la représenter aux prochains Oscars aux États-Unis.

Alice Diop avait d’ailleurs salué cette nouvelle à travers des propos repris par le magazine Première : « Cette phrase-là, « Saint Omer – Ce film, réalisé par une femme noire, porté par deux actrices noires françaises », je la trouve magnifique politiquement. » Le film remporte un grand succès en salle lors de sa projection au festival du film de Londres en octobre 2022. Le colonialisme, le sexisme et le racisme sont l’origine de l’œuvre cinématographique d’Alice Diop. Elle décide de réaliser un long métrage après avoir assisté au procès sur l’affaire Saint-Omer en 2016. Le rôle principal est attribué à l’artiste Suisse Kayije Kagame, le scénario est écrit par Alice Diop, Amrita David et Marie Ndiaye.

Un tribunal majoritairement constitué de femmes

D’entrée de jeu, la salle d’audience est constitué d’individus vêtus de longues robes noires et majoritairement féminins. À commencer par la juge Valérie Dréville aux mœurs douces, cheveux ondulés, des yeux qui ressemblent parfois larmoyants. Les avocats et jury sont également constitués de femmes sauf un homme de l’accusation. Rama (Alice Diop) et Laurence Coly, se démarquent dans la cour majoritairement blanche. Après une journée d’audience, Rama appelle son conjoint Adrien et lui dit qu’elle a peur d’être comme Laurence. Les liens entre ces deux femmes remonte aux souvenirs de leurs mères respective.

La mère de Rama est connue pour être froide et négligente envers les enfants. La mère de Laurence, Odile, était une femme stricte, exigeant à sa fille qu’elle parle français au détriment du Wolof. Et tout ceci dans le but qu’elle puisse facilement s’intégrer dans la communauté blanche. Pendant le procès, Odile déjeune avec Rama et lui demande de combien de mois est sa grossesse. Effectivement, elle est bel et bien enceinte même si aucun signe ne le démontre. Adrien, son compagnon, est un homme accueillant et solidaire, contrairement à Luc, le compagnon de Laurence. Luc apparaît sur le stand comme un père qui se consacre à élever son enfant et comme un partenaire dévoué.

Alice Diop met le racisme en arrière-plan

Laurence décrit à la barre le sentiment de rejet auquel elle faisait fasse durant sa vie de couple. En effet, Luc ne l’a jamais présenté à sa famille, leur vie sexuelle est irrégulière. Et elle ne lui a parlé de la grossesse qu’à un stade avancé, il n’était pas présent à l’accouchement. Après l’accouchement, elle ne sortait quasiment pas de la maison et entendait en permanence des voies.

En tant que femme africaine, elle croyait être sous l’emprise d’un sort. Elle déclare aux membres du jury avoir dit à Luc qu’elle avait envoyé l’enfant au Sénégal chez sa mère. Lors de son audition à la barre, la directrice de thèse de Laurence suggère qu’elle ait prétendu avoir des aptitudes. Aptitudes qui a priori n’y étaient pas, ce qui apparaît comme une forme de racisme. Par la suite, l’accusée, avoué qu’il avait pris le train pour Berck-sur-Mer avec sa fille Lili. Elle dit l’avoir déposé sur la plage avec précaution, là où «  la mer l’emporterait »  après l’avoir allaité.

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